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Éloge de la simplicité

La véritable excellence réside dans la simplicité. Celui qui excelle dans son art est celui qui ne fait pas démonstration de ses talents. Le juste coup de pinceau, le juste coup de poing, le juste geste, le juste silence.


La simplicité demande une grande maîtrise. En réalité, c'est beaucoup plus complexe d'exprimer une sagesse dans une phrase, un aphorisme, que dans un traité ! C'est une des beautés des textes classiques de l'Inde et de l'Orient : toute la sagesse de l'œuvre est contenue dans le premier verset, puis on la développe pour celui qui en a besoin, petit à petit elle se déroule au fil des mots comme le fil d'une bobine. Sutra, le mot sanskrit qui est souvent traduit par aphorismes, signifie littéralement fil, suture. Cette idée est aussi présente en Islam. On dit que toute la sagesse du Coran est contenue dans sa première lettre alif " ا ".



Ce concept m'est revenu pendant la formation en marmathérapie la semaine dernière, je disais à Manon : "Finalement, la marma c'est une telle maîtrise du massage, qu'il est réduit à un seul point." Parfois les mots sortent pour qu'on les entende nous-mêmes...


On recherche - particulièrement les profils pitta - la complexité parce qu'elle semble donner de la valeur aux choses : il y a plus de travail, plus d'effort, plus de choses à comprendre, à regarder, etc. C'est très satisfaisant d'avoir accompli quelque chose de très complexe - très satisfaisant : pour l'égo. Ce qui nourrit le cœur, ce sont les choses justes. Ce n'est pas un hasard si les citations ont tellement de succès sur les réseaux, et ce n'est pas non plus à cause de la paresse qui empêche de lire l'œuvre complète. Nous sommes touchés au cœur, avant que le mental s'active.


Un jour, alors que je visitais le musée Van Gogh, à Amsterdam, après tous ces tableaux aux touches et couleurs sublimes, j'ai été surprise par un toile toute noire ! Toute ronde, toute noire, là au milieu ! C'en était presque choquant, mais c'était finalement très reposant. Au milieu de toutes ces toiles de maîtres, la simplicité d'un rond noir, un point, m'a émue. Mes sens n'étaient plus stimulés et intrigués par la recherche des couleurs et des traits, ils pouvaient se lover dans cette pure simplicité. Se lover, s'étreindre et s'éteindre.


Pratyahara, le retrait des sens, est une des techniques du yoga et une thérapie en ayurvéda. Revenir en son centre, ne plus faire, ne plus sentir, ne plus chercher. Retrouver le point unique de notre Être. Les sages résident dans ce point unique, c'est la raison pour laquelle leurs mots ou leur silence sont justes et nous touchent.


Écrire un article sur la simplicité, c'est donc paradoxal et je ne suis même pas sûre de ce que je voulais nous dire. Je crois que je voulais juste nous y faire penser et réfléchir...


J'avais écrit un article sur la simplicité de l'Ayurvéda que vous pouvez relire et cette discussion me donne envie de développer rapidement. L'autre jour une cliente me dit "C'est tout ? Pas besoin de danser nue à la pleine lune ou quoi ? Ca va c'est simple !" Hahaha nan, on ne fait pas ça ici ! Je sais bien que ça peut paraître trop facile quand je vous dit seulement d'arrêter de boire du café et de prendre le soleil, mais figurez-vous que ça me demande du courage de faire ça ! Parce que je pourrais être plus "vendeuse" et plus "instagramable" si je vous donnais des rituels sacrés de l'Himalaya à faire avec vos copines. Mais non, en fait, vous avez juste besoin d'arrêter de boire du café et de manger des yaourts.


Mon prof Matheus dit que si on donne plus de trois conseils à une personne, on a raté la consultation. Lui ne donne même pas leurs doshas aux personnes qu'il consulte pour éviter qu'elles n'aillent dans leur livre d'ayurvéda et commencent à suivre toutes les recommandations dudit dosha. Il nous poussent par l'exemple à rechercher le point juste, la maîtrise de notre art. L'ayurveda est une connaissance très complexe et vous savez bien que j'étudie le sanskrit et tout ça, mais cela c'est à moi de le faire : c'est mon travail de comprendre cette complexité tellement bien que je peux vous la transmettre en seulement trois recommandations.


Einstein disait que si on n'est pas capable d'expliquer une chose à un enfant de six ans, c'est qu'on ne la pas comprise. Ai-je compris la simplicité ? Not yet !



Namastê Salam



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